Il existe de nombreuses fausses idées au sujet des populations réfugiées. L’une d’entre elles, particulièrement répandue, est l’idée qu’elles constituent un groupe transitoire, alors que les faits montrent qu’un grand nombre de réfugiés s’installent en fait, pour des périodes variables, dans les pays d’accueil. Pour répondre à ce que l’on appelle “la crise des réfugiés », il faut d’abord comprendre leurs besoins réels puis chercher des moyens de les autonomiser. L’une des voies prometteuses pour cette autonomie se trouve dans le secteur de l’inclusion financière.

 

Cette prise de position a été rédigée lors d’une discussion sur les questions de développement actuelles avec Convergences.

Selon une étude récente de Mc Kinsey, la population adulte n’ayant pas de compte bancaire dans le monde dépasse les 2,5 milliards de personnes. De plus en plus de fintechs cherchent des solutions qui offrent des services rentables et sécurisés à cette population. Les gouvernements et les institutions sont conscients que cette question est cruciale pour le développement et tentent également de prendre des mesures dans ce sens.

Dans les pays émergents, la banque mobile, et plus généralement les solutions bancaires sans agence, se développent, ce qui démontre un décalage intéressant par rapport au développement économique traditionnel. L’une des raisons de cette évolution est que les banques traditionnelles estiment que les coûts sont prohibitifs pour établir des opérations dans des zones où les gens ont de faibles revenus et a fortiori dans des régions politiquement ou socialement instables. Les populations se sont généralement appuyées sur un système basé sur l’argent liquide ou le troc, mais cela rend les commerçants et les clients vulnérables au vol.

Certains gouvernements optent pour la démonétisation afin d’accroître l’inclusion financière et de lutter contre l’inflation et l’économie souterraine. En Inde, par exemple, la banque numérique devient essentielle pour garantir que les populations à faibles revenus puissent continuer à effectuer des paiements puisque les petits billets ont été retirés de la circulation et mis au rebut.

Elle présente également des avantages évidents en matière de sécurité, en évitant aux personnes de transporter de grandes quantités d’argent liquide sur eux, et permet une meilleure traçabilité des subventions et des aides gouvernementales.

Cette inclusion et cette traçabilité sont encore plus essentielles pour les populations déplacées qui sont confrontées à une grande insécurité financière : des transactions numérisées faciles d’accès peuvent accélérer l’intégration sociale dans les groupes instables et garantir un niveau minimal d’allocation.

C’est pourquoi les services financiers numérisés perturbateurs, comme l’argent mobile ou les services bancaires sans agence, changent la donne dans le secteur. Pour réussir, il faut mettre en place un réseau d’agents, chacun équipé de matériel sécurisé pour traiter les informations sensibles et effectuer les transactions bancaires. Le défi consiste à rendre ces dispositifs aussi faciles à utiliser que possible, même dans des endroits reculés où la connectivité peut être instable. Les commerçants locaux peuvent être incités à devenir des agents, car, en plus d’apporter un service nécessaire à leur communauté locale, cela représente une source de revenus supplémentaire.

La finance numérique a le grand avantage d’évoluer rapidement. Les taux d’adoption sont généralement très élevés, et même si les coûts d’infrastructure initiaux peuvent être assez importants, et ne doivent pas être sous-estimés, les coûts marginaux sont minimes. Pour les grands groupes de population, lorsque les infrastructures sont faibles, c’est un pari très efficace.

Famoco travaille avec l’accélérateur d’innovation du PAM depuis 2015 pour déployer une solution innovante qui digitalise et sécurise la distribution de bons digitaux aux réfugiés dans plus de 30 pays ; contribuant ainsi à l’ambitieux objectif mondial “Faim Zéro” des Nations Unies.

Elle se compose de cartes personnalisées et de terminaux dédiés aux commerçants. Chaque carte à puce stocke les droits des bénéficiaires et leurs données biométriques afin de garantir qu’elle ne peut être utilisée que par la personne à laquelle elle a été délivrée. La carte à puce fonctionne comme un porte-monnaie électronique que les bénéficiaires peuvent utiliser chez tous les commerçants locaux pour une grande variété de produits. Les allocations sont renouvelées au cours de chaque cycle de distribution, laissant le bénéficiaire libre de les utiliser au fur et à mesure de ses besoins, comme une monnaie alternative, plutôt qu’en une seule fois au début du mois/de la semaine comme avec une approche plus traditionnelle par bons.

Cette forme de distribution de l’aide fonctionne en ligne et hors ligne (ce qui est extrêmement précieux si l’on considère les endroits éloignés où le système fonctionne) et elle offre également un contrôle et un suivi en temps réel des chiffres relatifs aux bénéficiaires, des rachats et des rapprochements. Les réactions sur le terrain sont très positives et, à ce jour, entre 8 et 10 millions de bénéficiaires sont inscrits au programme dans le monde entier.

Les bénéficiaires indiquent que cette nouvelle approche a été bénéfique non seulement pour leur régime alimentaire (en apportant plus de diversité dans les produits auxquels ils avaient accès) mais aussi, et surtout, sur le plan interpersonnel ; le fait de pouvoir aller chez différents commerçants diversifie les interactions et crée un sentiment de communauté. Les marchands sont désormais en mesure de proposer une plus grande variété de produits qui soutiennent les agriculteurs et les économies locales.

Ce cas d’utilisation peut être reproduit assez facilement pour correspondre à d’autres services financiers comme les transferts de fonds ou les prêts, puisqu’il numérise les flux de trésorerie. Les institutions de microcrédit peuvent ainsi améliorer la liquidité des prêts, mieux suivre les activités et accélérer le recouvrement grâce à des processus dématérialisés.

Les agences gouvernementales, les ONG et les entreprises locales ont un rôle important à jouer pour déployer ces services aux côtés des nouvelles entreprises financières. Ils jouent un rôle d’accélérateur (lorsque l’aide est distribuée par ces réseaux et portefeuilles), de réassurance officielle, et peuvent contribuer à assurer des déploiements plus rapides ou à éliminer les obstacles à l’investissement. Il s’agit d’un paradigme assez différent pour les agences de développement, qui devront revoir leurs modèles traditionnels : elles ne soutiendront pas uniquement les projets à court terme, urgents ou d’infrastructure. Elles soutiendront les nouveaux acteurs de la Fintech pour aider à financer des projets et permettre un changement social profond. Elles devront garantir que cela se fait dans le meilleur intérêt de la population et préserver la transparence et l’équité dans le déploiement des projets.

 

En savoir plus sur notre travail avec les ONG

Regardez notre étude de cas avec l’accélérateur d’innovation de WFP au Salvador.

 

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